lundi, 22 janvier 2007

Vieux rocs ridés

Immuables rochers battus par la mer des ans
Indifférents au vent qui tape contre les murs
L’œil bienveillant comme un murmure
Rocs ridés mais vaillants ils se taisent souvent

Ils partagent l’implicite avec le sourire
Savoir sans se perdre se quitter
Se retrouver sans se chercher
Chacun son cap et toujours ce plaisir

Plus forts que l’amour que la vie
Massivement indulgents
Ils pardonnent même à l'argent
Ou mieux encore ils oublient

Les vieux amis n’ont plus rien à se prouver
Leur vie coule comme une mélodie
En la mineur ou en si
Mais ils peuvent encore s’étonner

Comme surprennent parfois
La dentelle du brouillard nappant les champs
Le sourire volé d’une rencontre en marchant
La lumière claire d’un matin froid

Chez les vieux amis
Un cœur serein est à l’affût
Si prêt à tout écouter
Que plus rien n’est à inventer
Des ajustements tout au plus
Quelques détours de la vie

Jamais silences ne furent plus chauds
Battements du cœur plus profonds
Moments plus délicieusement longs
La vie comme sur un bateau

On peut aussi s’engueuler à perdre haleine
Cela finira toujours dans un rire
On peut tout se dire dans un sourire
Quand vient le hoquet il n’y a pas de haine

Celui qui jamais ne peut s'appuyer
Sur l’épaule d’un compagnon d'un allié
En lui murmurant simplement : « Mon vieil ami… »
Celui-là triste et seul passe à côté de sa vie

Ils ne mourront pas ensemble comme en amour
C’est sûr mais  ils se retrouveront un jour
Dans la beauté infinie des choses
Là-haut parmi les anges pas moroses

Car oyez braves gens voici la bonne nouvelle
Le scoop enfin révélé sans chichi ni bagatelle

Quelque part dans l’azur violet
Se cache le jardin calme des vieux amis
C’est bien mieux que l'enfer ou le paradis
Et surtout surtout bien moins fréquenté

mardi, 25 avril 2006

L'amour fuit

L'amour fuit sur les lacs
L'automne est dense et gris
Le vent soupire aussi
Sur ta vie tout en vrac
Tu marches dans les feuilles
Sans y laisser de traces
Ton âme lourde embrasse
La mort de tout orgueil
La femme que tu aimes
N'a plus ce doux regard
Elle vaque au hasard
Perdue dans sa bohème
L'amour s'en est allé
Rêver sous d'autres cieux
Sourire à d'autres dieux
Victime des années
Voici que tu regrettes
Les filles alanguies
Qui te rendaient groggy
Sur les vieilles banquettes
Mais le temps est sourd
Bonhomme et il faut vivre
Encore vivre et rire
Et oublier l'amour

mercredi, 23 novembre 2005

Souviens toi de l'île

Souviens toi de l'île aux chevaliers guignettes
Où les sternes sont naines
Ou bien pierregarin
Les hérons toujours cendrés
Les mouettes rieuses
Ou mélanocéphales
Les gravelots toujours petits 
Et grises les bergeronnettes
Et noires les guifettes

Bords de Loire

Les feuilles volètent comme des papillons

La troupe de corbeaux attaque le busard importun

La loutre plonge chassée par un bruit

Là bas le cygne hiératique

Les hérons tendent le cou

Le soleil crée des trouées blanches sur l'eau ridée

La berge immuable est fière

Sauvage et millénaire

lundi, 14 novembre 2005

Pieds des stalles

Je regarde mon doigt de pied gauche
Et je me dis : un pied çà a l’air de quoi ?
Ce genre de trapèze improbable et plat
Ce bout du bout du corps
Qui nous tient debout
Par le bas
On dit : tu es bête comme tes pieds
Mais qui a dit que mes pieds étaient bêtes ?
Bien alignés et rangés par taille décroissante
Moi je leur trouve plutôt l’air ordonné
A mes petits doigts de pied
Ils bougent quand j’en ai envie
Mais si jamais l’envie me prend
De lever le troisième en partant de la gauche
- qui est aussi le troisième en partant de la droite,
et pourtant j’en ai cinq à chaque pied –
Sans faire bouger ses confrères
Je risque d’y passer de longues nuits
Tout çà pour vous dire qu’il vaut mieux
Compter sur ses dix bons doigts de pieds
Pour marcher et pour botter les fesses
De ceux qui vous marchent sur les pieds
Remarquez, si vous n’aviez plus de doigts de pieds
On ne pourrait pas vous marcher dessus
C’est chaud, c’est sûr comme une chaussure
Alors gaffe, un conseil :
Tous les soirs, avant de vous coucher
Comptez-les
Vos petits doigts de pieds
On ne sait jamais !

Je meurs

Je meurs
Tu meurs
Je t’aime
Tu pleures
Je vogue
Tu vogues
Ils voguent
Où çà
M’en fous
Quèqu’part
Tu viens
Je pars
Tu m’aimes
Je pleure
Je dis
Tu dis
Tout çà
Ils disent
N’impor-
Te quoi
Tu ris
Je nage
Tu nages
Vers moi
Ou çà
Plus loin
Pourquoi
Parc’que
C’est beau
C’est bon
Et plus
Que ça
Encore
Pour toi
Je vis
Tu vis
Sans moi
Je souffre
Tu souffres
S’en foutent
Pourquoi
Parc’que
Ils ont
Raison
Les cons
Je viens
Tu veux
Je veux
Te voir
T’aimer
Plus fort
M’aimer
Dis-tu
Et puis
Je rêve
Tu dors
Petite
Et douce
Je souffle
Sur tout
Sur ça
Sans ça
Tu voles
Plus loin
Sans moi
Tu joues
Je perds
Toujours
Pourquoi
Ta peau
Ton corps
Adieu
Rideau
Mais non
Tu rêves
De moi
Peut-être
Encore

Offerte ta bouche douce

Offerte ta bouche douce
Pour moi qui pleure
Tes jambes longues ton ventre
Offerts

Douce ma belle tu souris
Et l’odeur de toi
Rose close ton parfum

A genoux je caresse
Ta peau offerte
Ton souffle chaud sur moi
M’enveloppe et s’envole
Comme toi et moi

C'est aussi le bagne

C’est aussi le bagne avec ses brèches blondes
comme un livre sur les genoux d’une jeune fille
Tantôt il est fermé et crève de peine future
contre les remous d’une mer à pic
Tantôt un long silence le suit de ses meurtres
L’argent se dessèche sur les rochers
Puis sous une apparence de beauté ou de raison
contre toute apparence aussi
Et les deux mains dans une seule palme
On voit le soir
Tomber Collier de perles des monts
Sur l’esprit de ces peuplades tachetées
Où règne un amour si plaintif
Que les devins se prennent à ricaner là-haut sur les ponts de fer
Les petites statues se donnent la main à travers la ville
C’est la Nouvelle Quelque Chose travaillée au socle
Et à l’archet de l’arche
L’air est taillé comme un diamant
Pour les peignes de l’immense Vierge
En proie à des vertiges d’essence alcoolique ou florale
La douce cataracte gronde de parfums sur les travaux

mardi, 08 novembre 2005

la brise frise

la brise frise la mer qui se meurt
et les pics de rocs noirs couverts d’écailles
les algues longues et vertes s’affalent
sur des ribambelles de sable gris
brins en tas de grains mouillés qui s’étalent
la pluie luit sur la vase rase
ce pays d’eau de bas en haut
baigne de lames désarmées
mes larmes d’enfance si dense
le regret croit quand le souvenir gît
l’avenir fuit devant la nostalgie

mardi, 01 novembre 2005

Le couple qui lit

8 heures d’un matin gris
Derrière la vitre embuée d'un MacDo, un couple prend son petit-déjeuner sous la lumière néon.
Assis l’un en face de l’autre, chacun la tête penchée, l’homme est plongé dans un hebdo télé pas cher, la femme lit attentivement Le Parisien.
D’habitude, c’est l’inverse, la femme scrute les programmes télé et l’homme les pages PMU.
Il est resté quelques secondes dehors à les regarder.
Ils n’ont pas levé la tête.
Ils ne se parlent pas, ils lisent, chacun la main posée distraitement sur sa tasse de café.
Tiens, c’est drôle, une main gauche et une main droite.
Quelques centimètres seulement séparent ces deux mains sur la table.
Il suffirait d’un rien, un geste instinctif, une envie de se décrisper, pour qu’elles se touchent.
Alors, ils se regarderaient sans doute une seconde, peut-être même en s’excusant.
Puis ils reprendraient leur lecture attentive.

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