jeudi, 17 juillet 2008

La musique et la nuit

La nuit d’été trop douce

Je suis resté dehors

Elle joue

Par la porte ouverte les notes du piano fuient

Je les regarde s’envoler dans le noir

Rejoindre les nuages

Danser avec eux sur un tempo lent

Les croches les noires et les nuages blancs

Elle joue et le vent s’est arrêté de respirer

Moi aussi

C’est çà le problème

La nuit est grave et la musique aigue

C’est çà le problème

C’est chiant Chopin dit-elle en changeant de partition

Elle ne sait pas sa grâce à elle

Pour moi tout ce qu’elle touche luit

Joueuse elle est ma lumière dans la nuit

Elle est mon rythme

Le vent profite d’un soupir pour pousser le sien

Moi aussi

La musique et la nuit c’est pareil

On attend la suite, on attend l’aube

Où tout viendra avec la simplicité

D’un cœur transparent

Mais ce serait trop simple

La musique ne résoud rien

Elle envoie ses notes dans la nuit calme

Ce sont des estafettes

Des phrases caressantes

Des sourires légers

Ou des escaliers qui tournent sans fin

Comme ma tête vers le ciel

Elle envoie ses notes et c’est tout

Un cadeau sans accusé de réception

Quelques questions qui tourneront sans fin

Dans ma tête étoilée

Elle joue

Et sa musique alanguit les étoiles

Adoucit leur halo là-haut

La nuit ne sera plus jamais la-même

Sans elle au piano

Moi non plus

Ou alors je serai la nuit

mercredi, 25 juin 2008

La mer sans la mer

Ta vie s’étale marée sale
Tout est flou dans ton passé mou
Y’a comme une brume cachée
Dans ce crachin qui cache tout
C’est un désastre et tu t’en fous

Un jour la mer en aura marre
De tes nostalgies silencieuses
Et des hommes au regard triste
Elle se vengera féroce
Ce jour-là  elle s’en ira
Sans rien dire sans prévenir
Elle oubliera de revenir
Elle partira sans remords
Avec ses flots bleus sous le bras
La mer ira tout droit là-bas
Où rêvent les grands dauphins blancs
Elle ira vivre sa vie verte
Couverte de mousse et d’écume
Elle ridera seule l’onde
Libre enfin de choisir sa houle
A sa guise au gré des quadrants

Et nous les morts les faux marins
On aura l’air malin au bord
De la mer y’aura plus la mer
Jamais vu ça diront les vieux
L’œil perdu sur la vase grise
L’horizon c’est ça maintenant
Ce plan fixe image arrêtée
La mer sans la mer c’est comm’ si
L’amour s’en allait de la vie

mardi, 22 avril 2008

Ode

La terre fraîchement labourée qui sèche
Exhale les odeurs lourdes de ses entailles
Le vert unique et multiple des jeunes tiges de blé
Les ordonne en soldats d’une infinie armée
Algues palissades roseaux coupés courts
A des centaines de kilomètres de la mer
Le cri des mouettes s’égare dans les champs
Le silence apaise un après-midi sans vent
Où tout renaît et tout se fige
Il n’y fait ni chaud ni froid mais un degré spécial
Celui de l’attente et de l’espoir
Il est temps de quitter  les jours gris et longs
L’homme secoue son joug de tristesse
Sa tête se relève et dans ses yeux plissés
Il a le reflet de la lumière qui vient

samedi, 02 juin 2007

Le soleil est entré

Le soleil est entré plein cadre par la fenêtre
Comme s’il était chez lui
Il a fait une tache sur le lit
Et poussé jusqu’au mur
Le ciel du soir est presque blanc
Ou gris très propre
Bardé de nuages évanescents
Sans vent
Le chant de l’oiseau part en vrille
On lui répond là-bas
Tout est immobile
Moi aussi
Je n’ose plus respirer
De peur de faire fuir
Cet instant ce miracle
De sérénité de paix
Le soleil est entré dans mon cœur

vendredi, 01 juin 2007

L'écho de ses pas pressés

Elle est partie ne laissant dans la maison vide
Que l’écho de ses pas pressés
Un sillage invisible de cheveux ondulants
Les molécules d'un parfum chaud sa peau
Le souvenir d’un murmure rauque sa voix chantante
Elle est partie et tout s'est arrêté
Dans les vases les fleurs ne respirent plus
Sur les murs les tableaux font grise mine
Le piano ne bouge plus d’une corde
Les livres s’affaissent dans la poussière
Le chat se terre sous un lit
Mais quand reviendra-t-elle?
Remplie de ses indices statufiés
Momie ébahie
La maison vide ne vit plus
Que dans l’attente de son retour
Mais quand reviendra-t-elle?

mercredi, 23 mai 2007

Que notre vie soit belle

Je voulais que notre vie soit belle
Littéralement remplie d'elle
Beauté des lieux des objets
Beauté des personnes
Beauté des sentiments des idées
Beauté des projets des actions

Après avoir épousé ma femme très belle
Ensemble nous avons fait de très beaux enfants
Qui n’ont pas toujours eu de belles idées
Mais qui ont un si beau regard

Nous avons choisi des lieux et des objets anciens
Par conformisme par sécurité
La modernité n’a toujours pas fait ses preuves de beauté
Ephémère elle est risquée
C'est demain peut-êtrequ'elle sera belle

Nous avons mené presque à terme quelques beaux projets
Ensemble main dans la main cœur contre cœur
Habités du même désir bâtir ciseler

Alors voila
Les belles idées j’ai laissé tomber
Je ne sais pas ce que c’est
Certaines ont abouti à des catastrophes
Et les sentiments
Pas moyen de les contrôler
C’est génétique c’est tripal
Tu commandes pas
Tu pleures tu ris tu aimes t’es programmé
C’est beau ou c’est laid et puis voilà

J’ai toujours voulu que notre vie soit belle
Fouiné reniflé cherché partout la beauté
Comme si on pouvait la toucher
Comme si elle existait
Elle est venue comme un fantôme
Dans une nappe de brume
Puis elle est partie
Ne me laissant que des regrets
Elle a glissé d’entre mes mains
Sans s’installer rebelle

lundi, 21 mai 2007

C'est surtout quand elle penche la tête

C’est surtout quand elle penche la tête sur le côté, légèrement, une sorte de décalage dans la position, qu’il devient fou ; dans le mouvement, ses cheveux, déjà longs, tombent un peu plus et ses yeux sombres se plissent avec un point d’interrogation niché tout au fond. Il suffit qu’elle ait ce millimètre de geste : alors, son cœur se met à vibrer si fort qu’il n’entend ni ne voit rien d’autre qu’elle, auréolée de sa grâce, lumineuse, chantante. Mon pote, si tu n'as jamais connu des moments comme celui-là, tu n'as rien vécu et tu peux aller pleurer sur les quais, personne pour te consoler. On dirait une pouliche qui se déhanche pour s’endormir et la brume viendrait se répandre autour d’elle pour la protéger du regard des hérons. On dirait un pont qui s’élance, suspendu dans le vide, et la circulation s’arrêterait pour le regarder. Un jour, elle était restée comme cela si longtemps à le contempler qu’il avait cru à un torticolis. Non, elle se demandait simplement qui  il était, au fond. Comme s’il le savait! Il aurait du dire le trop plein de son cœur et sa tête qui cogne au lieu de rester muet, benêt souriant. Alors, après cette éternité figée et sans réponse, elle avait soupiré, redressé la tête et disparu, ses pieds effleurant à peine le sol, fantôme au cœur tendre déçu. Il n’avait entendu que ce soupir à l’affreuse douceur : aujourd’hui encore, il résonne dans sa tête comme un crissement sourd tandis qu’il la cherche, désespéré, dans les rues du monde entier.

mardi, 15 mai 2007

Le jardin en friche

Que vas-tu trouver si tu plonges en toi ?

La plupart du temps un jardin en friche
Non clos ouvert aux courants d’air
Tout y pousse poussé par le vent
Et tu t’agites là-dedans
Comme un jardinier épileptique

L’herbe est raide  la graine sauvage
Ta nature profonde vit sans respect
Des lois de l’harmonie plate
Rebelle tu fouines tu creuses

Tu verras des fleurs aux couleurs violentes
Dans des recoins sombres
Et du chiendent dans ta plus belle plate-bande
Tu verras des lignes de fuite brisées
Dans des allées trop chargées

Le temps est fragile dans ton jardin fou
Le soleil y chauffe trop fort
La pluie tombe à verse
Tout pousse trop vite ou tout brûle

Et tes mains mon Dieu tes belles mains d’artiste
Regarde les rongées creusées gercées
Par les travaux de terrassier
Où tu uses ton souffle et ton dos

Fou tu continues pourtant
Et voici qu’un soir un peu plus calme
La brise et le ciel doux se tenant la main
Les oiseaux pépiant pour une fois sans tumulte
Assis contre le mur aux fruits
Tu contemples ta vie agitée
Et elle te va

lundi, 14 mai 2007

Ambiance train

Ambiance train fin de journée

De quai en quai les gens bougent
Ils vont quelque part c'est sûr
Mus par un implacable besoin
Ils s'y pressent déterminés sans détour
Avec de gros sacs
Ou de petites larmes

Chacun a l'air de savoir pourquoi il est là
Ou bien il fait semblant de s'en contenter
C'est rare d'errer dans une gare
Une gare ça aiguille ça bourdonne ça distribue les chemins
Ca ne pense pas une gare ça bruisse
Ici on ne vaque pas on va

Et puis la machine s'ébranle
Emportant toutes ces vies dans ses mains
Tous ces destins unis par le même bruit balancé
Tous ces gens dans le même train train

Ils se disperseront arrêt après arrêt
Comme un jeu de cartes envolées
Pétales de marguerite effeuillés
Par le souffle mécanique du train
Trieur de hasard

mercredi, 09 mai 2007

La voie

Homme libre et faible voici enfin ta voie
Dénuée de poussière et d’ortie
Ecoute l’oracle guidé par l’amour
Assieds-toi un instant près de moi
Calme ton cœur qui bat trop fort
A courir après l’informulé

Viens
Ici tu peux déposer tes larmes et ton désir tragique
Mon ami mon frère écoute-moi
La vérité que tu cherchais était là
Tout près de toi mais tu ne la voyais pas
Arbre décharné tes branches nouées
Retourné en-dedans tel un phare à l’envers

Alors voici

Commence par te frotter à l’homme au lieu de le fuir
Nourris-toi du fond de ses regards fiers
Et c’est ainsi que naîtront tes nouveaux désirs
Ton âme blottie dans la chaleur des autres

Ensuite cherche dans toute chose sa beauté
Mais loin au-delà d’elle nichée quelque part
En haut d’une montagne derrière un nuage
Un coin secret que tu découvriras émerveillé
Et ce sera ton jardin mystérieux éternel

Enfin demeure en tes mots avec la chair et non l’esprit
Tu es le temple de ta poésie
Seule vérité possible elle est la voie
Elle est la clé qui ouvre toutes les portes

Mon ami mon frère
Je ne te parle pas de bonheur ni de plénitude
Je te parle simplement de ta vie
Et de sa vraie richesse
Comme un sourire de pleine lune
Dans la nuit de tes doutes

Marche

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