samedi, 28 juin 2008

Avant , après

Avant, j’étais un homme d’ombre et d’onde, pleurant seul, ballot d’aube. Et me voici lumière active, chassant l’inutile, fuyant les prémices obscures de la mort. Long fut le temps où je cherchais l’indicible, au-delà de la poussière des jours. Aujourd’hui, je cours, hâté par les battements du coeur, peuplant le présent d’un corail de pacotille, futile barrière anti-futur, anti-noir, anti-tout. J’étais larve du soir, fantôme d’attirance. Et me voici prévisible espérance.
Fallait-il être hier fondu dans les couleurs neutres du feutre automnal ou maintenant vibrant bêtement sur des fréquences arc-en-ciel? Entre douleur et fureur, je suis à jamais inachevé, comme le plus petit des hommes et j’aime cette ressemblance à la communauté. J’appartiens à l’humanité par mon incomplétude structurelle. Plus je suis imparfait, plus je m’ancre. Quand je crie mon impuissance, l’écho de la terre se parre d’infini.
Ma solitude est multiple, mon désespoir infime, mon avenir sans surprise.Mes mains fabriquent ma tour d’ivoire tandis que sèche mon coeur. Je vois une vie sereine avec des yeux de comptable quand je vivais l’errance avec une âme de poète.
La marque du bonheur imprime mon sourire. Ma peau est lisse comme un bébé. J’ai perdu mes crevasses en même temps que mes cheveux. Je marche droit vers la fin avec une force joyeuse et contrôlée. La route monte de plus en plus, le soleil me frotte le dos et me dessine une ombre gigantesque, je reste coi, les oreilles bouchées de certitude.
Un jour, peut-être, se marieront mes deux destins, mon passé d’abondance et d’ébauches et mon présent de fer apparent. Ce jour-là, gare, je serai le roi de la terre.Et je n’aurai plus qu’à mourir et comparaître. Alors je dirai à Dieu : Seigneur, me voici,  pêcheur à occurence multiple (vous seriez jaloux d’un saint). J’ai cherché et suivi toutes les voies qui mènent à vous. J’ai rêvé et j’ai agi. J’ai aimé et j’ai créé. J’ai pleuré et j’ai combattu. J’ai écouté et j’ai dirigé. J’ai donné et j’ai entrainé. Mes rêves me rapprochaient de vous mais dans une forme d’inutilité. Mes actes me rendaient insouciant  mais je perdais le sens du bien. L’amour m’a comblé mais il m’a occupé dans un quotidien douteux. Mes pleurs étaient des gouttes d’insuffisance, mes combats une vaine agitation. Et quand j’ai voulu emporter d’autres derrière moi, j’ai souvent quitté les routes de la théorie pour un chemin ou tout est discutable.
Seigneur, me voici, alors maintenant, dites-moi, que fallait-il faire? Et Dieu, de sa voix caverneuse et douce, me donnerait enfin cette réponse que je ne connais pas et qu’il faut que j’attende encore, esclave combattant avec ses deux vies, homme fatal de la dichotomie, imparable amant du futur antérieur, funambule de l’inestimable impossible, gratteur de racines incomestibles, chercheur  d’ailleurs successifs, sectomisé génétique du chromosome bonheur.

Bruit

L’autre jour, perdu dans des tristesses existentialistes abyssales, même pas bourré, je me posais cette question fondamentale : qu’est-ce qui prouve, vraiment, qu’on existe ? Laissez tomber les banalités, s’il vous plait, l’amour qui nait, le regard d’un enfant, la tige qui bourgeonne au printemps, non merci, je vous parle sérieusement, on n’est pas dans un roman de gare ici. Même les trucs genre c’est pas le chemin qui est difficile, c’est difficile qui est le chemin, laissez tomber aussi, ça m’énerve, c’est rien qu’une explication des riches et des puissants pour que les opprimés et les esclaves se contentent de leur malheur et continuent à trimer sans rechigner.
Donc, je sentais déjà poindre l’horrible et définitive réponse du grand vide, du néant tout noir, quand, soudain, mon oreille fut attirée par un bruit. Et, avant même de reconnaître la source de ce dérangement, j’avais la réponse à ma question. Car ce bourdonnement à la fois habituel, régulier et heurté avait quelque chose de rassurant, calfeutré, cocoonant.
Il était beaucoup plus qu’un ronronnement, il était un symbole rempli de sens et de mémoire. Il ressemblait, en plus doux, en plus familier, au tacata-tacata du train qui roule et vous emporte.
Il vous parle au cœur et au corps, il vous enveloppe sans vous déranger. C’est un bruit à éclipses, parfois il s’interrompt et alors, angoissé, on se demande s’il va reprendre. Il bat selon plusieurs rythmes comme une symphonie, passant du roulement des cuivres au chuintement des violons. On sait bien que ce barouf domestique, horodaté, aura une fin et quand il s’arrête, dans un crescendo presque angoissant, on pousse un soupir, c’est terminé mais pour un moment seulement, une tâche a été accomplie, un épisode du feuilleton, une étape a été franchie dans la vie mais une autre viendra, on le sait, qui prendra le relais et alors tout continuera, rien ne s’arrête vraiment, tout se suit.
C’est un bruit à épisodes. Il y a des jours avec et des jours sans et ces jours-là on sent comme un vide dans son âme
Grâce à ce ramdam feutré, notre vie avance, des pleurs sont lavés, on se refait une virginité, on peut provisoirement tirer un trait sur le passé et croire qu’on a encore de l’avenir puisqu’avec ce bruit on nous prépare quelque chose pour l’affronter.
C’est un boucan léger qui remonte à l’enfance, bien sûr, il me fait penser à ma mère, il signifiait que pour une fois elle s’occupait de moi, alors que pour le reste elle me confiait à des bonnes espagnoles qui passaient leur temps à m’obliger à manger de la soupe à la tomate, la soupe rouge, la soupe de sang, que je détestais. Les autres bruits de l’enfance, c’était des cris qui cassaient les oreilles et le cœur.  L’aspirateur, par exemple, quelle horreur ! Je le voyais comme un ogre prêt à dévorer mes jouets, un espion fouillant dans tous mes recoins. La chasse à la saleté n’était qu’un prétexte à violer mon intimité.
Ce bruit-là seul dont je parle est à la fois présent et rassurant, il génère des odeurs de douceur et de tendresse, il crée de la chaleur et des caresses, il vous fait une place dans la vie, non seulement on existe mais, quelque part, quelqu’un se préoccupe de vous et c’est çà la vraie réponse à ma question.
Vous avez deviné, n’est-ce pas ? C’est le bruit du lave-linge.

mercredi, 25 juin 2008

La mer sans la mer

Ta vie s’étale marée sale
Tout est flou dans ton passé mou
Y’a comme une brume cachée
Dans ce crachin qui cache tout
C’est un désastre et tu t’en fous

Un jour la mer en aura marre
De tes nostalgies silencieuses
Et des hommes au regard triste
Elle se vengera féroce
Ce jour-là  elle s’en ira
Sans rien dire sans prévenir
Elle oubliera de revenir
Elle partira sans remords
Avec ses flots bleus sous le bras
La mer ira tout droit là-bas
Où rêvent les grands dauphins blancs
Elle ira vivre sa vie verte
Couverte de mousse et d’écume
Elle ridera seule l’onde
Libre enfin de choisir sa houle
A sa guise au gré des quadrants

Et nous les morts les faux marins
On aura l’air malin au bord
De la mer y’aura plus la mer
Jamais vu ça diront les vieux
L’œil perdu sur la vase grise
L’horizon c’est ça maintenant
Ce plan fixe image arrêtée
La mer sans la mer c’est comm’ si
L’amour s’en allait de la vie

mardi, 22 avril 2008

Ode

La terre fraîchement labourée qui sèche
Exhale les odeurs lourdes de ses entailles
Le vert unique et multiple des jeunes tiges de blé
Les ordonne en soldats d’une infinie armée
Algues palissades roseaux coupés courts
A des centaines de kilomètres de la mer
Le cri des mouettes s’égare dans les champs
Le silence apaise un après-midi sans vent
Où tout renaît et tout se fige
Il n’y fait ni chaud ni froid mais un degré spécial
Celui de l’attente et de l’espoir
Il est temps de quitter  les jours gris et longs
L’homme secoue son joug de tristesse
Sa tête se relève et dans ses yeux plissés
Il a le reflet de la lumière qui vient

samedi, 02 juin 2007

Le soleil est entré

Le soleil est entré plein cadre par la fenêtre
Comme s’il était chez lui
Il a fait une tache sur le lit
Et poussé jusqu’au mur
Le ciel du soir est presque blanc
Ou gris très propre
Bardé de nuages évanescents
Sans vent
Le chant de l’oiseau part en vrille
On lui répond là-bas
Tout est immobile
Moi aussi
Je n’ose plus respirer
De peur de faire fuir
Cet instant ce miracle
De sérénité de paix
Le soleil est entré dans mon cœur

vendredi, 01 juin 2007

L'écho de ses pas pressés

Elle est partie ne laissant dans la maison vide
Que l’écho de ses pas pressés
Un sillage invisible de cheveux ondulants
Les molécules d'un parfum chaud sa peau
Le souvenir d’un murmure rauque sa voix chantante
Elle est partie et tout s'est arrêté
Dans les vases les fleurs ne respirent plus
Sur les murs les tableaux font grise mine
Le piano ne bouge plus d’une corde
Les livres s’affaissent dans la poussière
Le chat se terre sous un lit
Mais quand reviendra-t-elle?
Remplie de ses indices statufiés
Momie ébahie
La maison vide ne vit plus
Que dans l’attente de son retour
Mais quand reviendra-t-elle?

mercredi, 30 mai 2007

Et le Verbe s'est fait dans ta chair

Et le Verbe s’est fait dans ta chair
A partir de là il n’y eut plus ni jour ni nuit
Il n’y eut que le gris des lignes entassées
Qui se mordaient les unes les autres
Méchantes superbes terrassées
Bousculées par la touche Entrée de ton clavier
Tu écris fiévreusement pressé par le temps perdu
Tu cherches à retrouver dans la jachère de ta vie
Ces idées ces pensées ces phrases sublimes inoubliables
Après quoi tu courais oiseau de proie
Et qui s’étaient envolées avant que d’exister
Désormais plus rien ne peut t’arrêter
Tu accouches tes mots comme une lapine pond
Tu sculpte tes images comme des formes ciselées
Mais il faut que tout soit parfait vite
Précis et beau inédit bien sûr
Parce que les mots se bousculent
Ils ne t’ont pas attendu pour vivre
S’il y en a trop prends les tous
La certitude est en toi
Peu importe le bout du chemin
C’est le chemin qui compte
Un chemin d’écriture enfin
Ta rédemption ton salut
Plus que le bonheur la joie

mercredi, 23 mai 2007

Que notre vie soit belle

Je voulais que notre vie soit belle
Littéralement remplie d'elle
Beauté des lieux des objets
Beauté des personnes
Beauté des sentiments des idées
Beauté des projets des actions

Après avoir épousé ma femme très belle
Ensemble nous avons fait de très beaux enfants
Qui n’ont pas toujours eu de belles idées
Mais qui ont un si beau regard

Nous avons choisi des lieux et des objets anciens
Par conformisme par sécurité
La modernité n’a toujours pas fait ses preuves de beauté
Ephémère elle est risquée
C'est demain peut-êtrequ'elle sera belle

Nous avons mené presque à terme quelques beaux projets
Ensemble main dans la main cœur contre cœur
Habités du même désir bâtir ciseler

Alors voila
Les belles idées j’ai laissé tomber
Je ne sais pas ce que c’est
Certaines ont abouti à des catastrophes
Et les sentiments
Pas moyen de les contrôler
C’est génétique c’est tripal
Tu commandes pas
Tu pleures tu ris tu aimes t’es programmé
C’est beau ou c’est laid et puis voilà

J’ai toujours voulu que notre vie soit belle
Fouiné reniflé cherché partout la beauté
Comme si on pouvait la toucher
Comme si elle existait
Elle est venue comme un fantôme
Dans une nappe de brume
Puis elle est partie
Ne me laissant que des regrets
Elle a glissé d’entre mes mains
Sans s’installer rebelle

lundi, 21 mai 2007

C'est surtout quand elle penche la tête

C’est surtout quand elle penche la tête sur le côté, légèrement, une sorte de décalage dans la position, qu’il devient fou ; dans le mouvement, ses cheveux, déjà longs, tombent un peu plus et ses yeux sombres se plissent avec un point d’interrogation niché tout au fond. Il suffit qu’elle ait ce millimètre de geste : alors, son cœur se met à vibrer si fort qu’il n’entend ni ne voit rien d’autre qu’elle, auréolée de sa grâce, lumineuse, chantante. Mon pote, si tu n'as jamais connu des moments comme celui-là, tu n'as rien vécu et tu peux aller pleurer sur les quais, personne pour te consoler. On dirait une pouliche qui se déhanche pour s’endormir et la brume viendrait se répandre autour d’elle pour la protéger du regard des hérons. On dirait un pont qui s’élance, suspendu dans le vide, et la circulation s’arrêterait pour le regarder. Un jour, elle était restée comme cela si longtemps à le contempler qu’il avait cru à un torticolis. Non, elle se demandait simplement qui  il était, au fond. Comme s’il le savait! Il aurait du dire le trop plein de son cœur et sa tête qui cogne au lieu de rester muet, benêt souriant. Alors, après cette éternité figée et sans réponse, elle avait soupiré, redressé la tête et disparu, ses pieds effleurant à peine le sol, fantôme au cœur tendre déçu. Il n’avait entendu que ce soupir à l’affreuse douceur : aujourd’hui encore, il résonne dans sa tête comme un crissement sourd tandis qu’il la cherche, désespéré, dans les rues du monde entier.

mardi, 15 mai 2007

Le jardin en friche

Que vas-tu trouver si tu plonges en toi ?

La plupart du temps un jardin en friche
Non clos ouvert aux courants d’air
Tout y pousse poussé par le vent
Et tu t’agites là-dedans
Comme un jardinier épileptique

L’herbe est raide  la graine sauvage
Ta nature profonde vit sans respect
Des lois de l’harmonie plate
Rebelle tu fouines tu creuses

Tu verras des fleurs aux couleurs violentes
Dans des recoins sombres
Et du chiendent dans ta plus belle plate-bande
Tu verras des lignes de fuite brisées
Dans des allées trop chargées

Le temps est fragile dans ton jardin fou
Le soleil y chauffe trop fort
La pluie tombe à verse
Tout pousse trop vite ou tout brûle

Et tes mains mon Dieu tes belles mains d’artiste
Regarde les rongées creusées gercées
Par les travaux de terrassier
Où tu uses ton souffle et ton dos

Fou tu continues pourtant
Et voici qu’un soir un peu plus calme
La brise et le ciel doux se tenant la main
Les oiseaux pépiant pour une fois sans tumulte
Assis contre le mur aux fruits
Tu contemples ta vie agitée
Et elle te va

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