mercredi 30 mai 2007

Et le Verbe s'est fait dans ta chair

Et le Verbe s’est fait dans ta chair
A partir de là il n’y eut plus ni jour ni nuit
Il n’y eut que le gris des lignes entassées
Qui se mordaient les unes les autres
Méchantes superbes terrassées
Bousculées par la touche Entrée de ton clavier
Tu écris fiévreusement pressé par le temps perdu
Tu cherches à retrouver dans la jachère de ta vie
Ces idées ces pensées ces phrases sublimes inoubliables
Après quoi tu courais oiseau de proie
Et qui s’étaient envolées avant que d’exister
Désormais plus rien ne peut t’arrêter
Tu accouches tes mots comme une lapine pond
Tu sculpte tes images comme des formes ciselées
Mais il faut que tout soit parfait vite
Précis et beau inédit bien sûr
Parce que les mots se bousculent
Ils ne t’ont pas attendu pour vivre
S’il y en a trop prends les tous
La certitude est en toi
Peu importe le bout du chemin
C’est le chemin qui compte
Un chemin d’écriture enfin
Ta rédemption ton salut
Plus que le bonheur la joie

mercredi 23 mai 2007

Que notre vie soit belle

Je voulais que notre vie soit belle
Littéralement remplie d'elle
Beauté des lieux des objets
Beauté des personnes
Beauté des sentiments des idées
Beauté des projets des actions


Après avoir épousé ma femme très belle
Ensemble nous avons fait de très beaux enfants
Qui n’ont pas toujours eu de belles idées
Mais qui ont un si beau regard


Nous avons choisi des lieux et des objets anciens
Par conformisme par sécurité
La modernité n’a toujours pas fait ses preuves de beauté
Ephémère elle est risquée
C'est demain peut-êtrequ'elle sera belle


Nous avons mené presque à terme quelques beaux projets
Ensemble main dans la main cœur contre cœur
Habités du même désir bâtir ciseler


Alors voila
Les belles idées j’ai laissé tomber
Je ne sais pas ce que c’est
Certaines ont abouti à des catastrophes
Et les sentiments
Pas moyen de les contrôler
C’est génétique c’est tripal
Tu commandes pas
Tu pleures tu ris tu aimes t’es programmé
C’est beau ou c’est laid et puis voilà


J’ai toujours voulu que notre vie soit belle
Fouiné reniflé cherché partout la beauté
Comme si on pouvait la toucher
Comme si elle existait
Elle est venue comme un fantôme
Dans une nappe de brume
Puis elle est partie
Ne me laissant que des regrets
Elle a glissé d’entre mes mains
Sans s’installer rebelle

lundi 21 mai 2007

C'est surtout quand elle penche la tête

C’est surtout quand elle penche la tête sur le côté, légèrement, une sorte de décalage dans la position, qu’il devient fou ; dans le mouvement, ses cheveux, déjà longs, tombent un peu plus et ses yeux sombres se plissent avec un point d’interrogation niché tout au fond. Il suffit qu’elle ait ce millimètre de geste : alors, son cœur se met à vibrer si fort qu’il n’entend ni ne voit rien d’autre qu’elle, auréolée de sa grâce, lumineuse, chantante. Mon pote, si tu n'as jamais connu des moments comme celui-là, tu n'as rien vécu et tu peux aller pleurer sur les quais, personne pour te consoler. On dirait une pouliche qui se déhanche pour s’endormir et la brume viendrait se répandre autour d’elle pour la protéger du regard des hérons. On dirait un pont qui s’élance, suspendu dans le vide, et la circulation s’arrêterait pour le regarder. Un jour, elle était restée comme cela si longtemps à le contempler qu’il avait cru à un torticolis. Non, elle se demandait simplement qui  il était, au fond. Comme s’il le savait! Il aurait du dire le trop plein de son cœur et sa tête qui cogne au lieu de rester muet, benêt souriant. Alors, après cette éternité figée et sans réponse, elle avait soupiré, redressé la tête et disparu, ses pieds effleurant à peine le sol, fantôme au cœur tendre déçu. Il n’avait entendu que ce soupir à l’affreuse douceur : aujourd’hui encore, il résonne dans sa tête comme un crissement sourd tandis qu’il la cherche, désespéré, dans les rues du monde entier.

mardi 15 mai 2007

Le jardin en friche

Que vas-tu trouver si tu plonges en toi ?


La plupart du temps un jardin en friche
Non clos ouvert aux courants d’air
Tout y pousse poussé par le vent
Et tu t’agites là-dedans
Comme un jardinier épileptique


L’herbe est raide  la graine sauvage
Ta nature profonde vit sans respect
Des lois de l’harmonie plate
Rebelle tu fouines tu creuses


Tu verras des fleurs aux couleurs violentes
Dans des recoins sombres
Et du chiendent dans ta plus belle plate-bande
Tu verras des lignes de fuite brisées
Dans des allées trop chargées


Le temps est fragile dans ton jardin fou
Le soleil y chauffe trop fort
La pluie tombe à verse
Tout pousse trop vite ou tout brûle


Et tes mains mon Dieu tes belles mains d’artiste
Regarde les rongées creusées gercées
Par les travaux de terrassier
Où tu uses ton souffle et ton dos


Fou tu continues pourtant
Et voici qu’un soir un peu plus calme
La brise et le ciel doux se tenant la main
Les oiseaux pépiant pour une fois sans tumulte
Assis contre le mur aux fruits
Tu contemples ta vie agitée
Et elle te va

lundi 14 mai 2007

Ambiance train

Ambiance train fin de journée


De quai en quai les gens bougent
Ils vont quelque part c'est sûr
Mus par un implacable besoin
Ils s'y pressent déterminés sans détour
Avec de gros sacs
Ou de petites larmes


Chacun a l'air de savoir pourquoi il est là
Ou bien il fait semblant de s'en contenter
C'est rare d'errer dans une gare
Une gare ça aiguille ça bourdonne ça distribue les chemins
Ca ne pense pas une gare ça bruisse
Ici on ne vaque pas on va


Et puis la machine s'ébranle
Emportant toutes ces vies dans ses mains
Tous ces destins unis par le même bruit balancé
Tous ces gens dans le même train train


Ils se disperseront arrêt après arrêt
Comme un jeu de cartes envolées
Pétales de marguerite effeuillés
Par le souffle mécanique du train
Trieur de hasard

mercredi 9 mai 2007

La voie

Homme libre et faible voici enfin ta voie
Dénuée de poussière et d’ortie
Ecoute l’oracle guidé par l’amour
Assieds-toi un instant près de moi
Calme ton cœur qui bat trop fort
A courir après l’informulé


Viens
Ici tu peux déposer tes larmes et ton désir tragique
Mon ami mon frère écoute-moi
La vérité que tu cherchais était là
Tout près de toi mais tu ne la voyais pas
Arbre décharné tes branches nouées
Retourné en-dedans tel un phare à l’envers


Alors voici


Commence par te frotter à l’homme au lieu de le fuir
Nourris-toi du fond de ses regards fiers
Et c’est ainsi que naîtront tes nouveaux désirs
Ton âme blottie dans la chaleur des autres


Ensuite cherche dans toute chose sa beauté
Mais loin au-delà d’elle nichée quelque part
En haut d’une montagne derrière un nuage
Un coin secret que tu découvriras émerveillé
Et ce sera ton jardin mystérieux éternel


Enfin demeure en tes mots avec la chair et non l’esprit
Tu es le temple de ta poésie
Seule vérité possible elle est la voie
Elle est la clé qui ouvre toutes les portes


Mon ami mon frère
Je ne te parle pas de bonheur ni de plénitude
Je te parle simplement de ta vie
Et de sa vraie richesse
Comme un sourire de pleine lune
Dans la nuit de tes doutes


Marche