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lundi, 21 mai 2007

C'est surtout quand elle penche la tête

C’est surtout quand elle penche la tête sur le côté, légèrement, une sorte de décalage dans la position, qu’il devient fou ; dans le mouvement, ses cheveux, déjà longs, tombent un peu plus et ses yeux sombres se plissent avec un point d’interrogation niché tout au fond. Il suffit qu’elle ait ce millimètre de geste : alors, son cœur se met à vibrer si fort qu’il n’entend ni ne voit rien d’autre qu’elle, auréolée de sa grâce, lumineuse, chantante. Mon pote, si tu n'as jamais connu des moments comme celui-là, tu n'as rien vécu et tu peux aller pleurer sur les quais, personne pour te consoler. On dirait une pouliche qui se déhanche pour s’endormir et la brume viendrait se répandre autour d’elle pour la protéger du regard des hérons. On dirait un pont qui s’élance, suspendu dans le vide, et la circulation s’arrêterait pour le regarder. Un jour, elle était restée comme cela si longtemps à le contempler qu’il avait cru à un torticolis. Non, elle se demandait simplement qui  il était, au fond. Comme s’il le savait! Il aurait du dire le trop plein de son cœur et sa tête qui cogne au lieu de rester muet, benêt souriant. Alors, après cette éternité figée et sans réponse, elle avait soupiré, redressé la tête et disparu, ses pieds effleurant à peine le sol, fantôme au cœur tendre déçu. Il n’avait entendu que ce soupir à l’affreuse douceur : aujourd’hui encore, il résonne dans sa tête comme un crissement sourd tandis qu’il la cherche, désespéré, dans les rues du monde entier.

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