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mercredi, 23 novembre 2005

Souviens toi de l'île

Souviens toi de l'île aux chevaliers guignettes
Où les sternes sont naines
Ou bien pierregarin
Les hérons toujours cendrés
Les mouettes rieuses
Ou mélanocéphales
Les gravelots toujours petits 
Et grises les bergeronnettes
Et noires les guifettes

Bords de Loire

Les feuilles volètent comme des papillons

La troupe de corbeaux attaque le busard importun

La loutre plonge chassée par un bruit

Là bas le cygne hiératique

Les hérons tendent le cou

Le soleil crée des trouées blanches sur l'eau ridée

La berge immuable est fière

Sauvage et millénaire

lundi, 14 novembre 2005

Pieds des stalles

Je regarde mon doigt de pied gauche
Et je me dis : un pied çà a l’air de quoi ?
Ce genre de trapèze improbable et plat
Ce bout du bout du corps
Qui nous tient debout
Par le bas
On dit : tu es bête comme tes pieds
Mais qui a dit que mes pieds étaient bêtes ?
Bien alignés et rangés par taille décroissante
Moi je leur trouve plutôt l’air ordonné
A mes petits doigts de pied
Ils bougent quand j’en ai envie
Mais si jamais l’envie me prend
De lever le troisième en partant de la gauche
- qui est aussi le troisième en partant de la droite,
et pourtant j’en ai cinq à chaque pied –
Sans faire bouger ses confrères
Je risque d’y passer de longues nuits
Tout çà pour vous dire qu’il vaut mieux
Compter sur ses dix bons doigts de pieds
Pour marcher et pour botter les fesses
De ceux qui vous marchent sur les pieds
Remarquez, si vous n’aviez plus de doigts de pieds
On ne pourrait pas vous marcher dessus
C’est chaud, c’est sûr comme une chaussure
Alors gaffe, un conseil :
Tous les soirs, avant de vous coucher
Comptez-les
Vos petits doigts de pieds
On ne sait jamais !

Je meurs

Je meurs
Tu meurs
Je t’aime
Tu pleures
Je vogue
Tu vogues
Ils voguent
Où çà
M’en fous
Quèqu’part
Tu viens
Je pars
Tu m’aimes
Je pleure
Je dis
Tu dis
Tout çà
Ils disent
N’impor-
Te quoi
Tu ris
Je nage
Tu nages
Vers moi
Ou çà
Plus loin
Pourquoi
Parc’que
C’est beau
C’est bon
Et plus
Que ça
Encore
Pour toi
Je vis
Tu vis
Sans moi
Je souffre
Tu souffres
S’en foutent
Pourquoi
Parc’que
Ils ont
Raison
Les cons
Je viens
Tu veux
Je veux
Te voir
T’aimer
Plus fort
M’aimer
Dis-tu
Et puis
Je rêve
Tu dors
Petite
Et douce
Je souffle
Sur tout
Sur ça
Sans ça
Tu voles
Plus loin
Sans moi
Tu joues
Je perds
Toujours
Pourquoi
Ta peau
Ton corps
Adieu
Rideau
Mais non
Tu rêves
De moi
Peut-être
Encore

Offerte ta bouche douce

Offerte ta bouche douce
Pour moi qui pleure
Tes jambes longues ton ventre
Offerts

Douce ma belle tu souris
Et l’odeur de toi
Rose close ton parfum

A genoux je caresse
Ta peau offerte
Ton souffle chaud sur moi
M’enveloppe et s’envole
Comme toi et moi

C'est aussi le bagne

C’est aussi le bagne avec ses brèches blondes
comme un livre sur les genoux d’une jeune fille
Tantôt il est fermé et crève de peine future
contre les remous d’une mer à pic
Tantôt un long silence le suit de ses meurtres
L’argent se dessèche sur les rochers
Puis sous une apparence de beauté ou de raison
contre toute apparence aussi
Et les deux mains dans une seule palme
On voit le soir
Tomber Collier de perles des monts
Sur l’esprit de ces peuplades tachetées
Où règne un amour si plaintif
Que les devins se prennent à ricaner là-haut sur les ponts de fer
Les petites statues se donnent la main à travers la ville
C’est la Nouvelle Quelque Chose travaillée au socle
Et à l’archet de l’arche
L’air est taillé comme un diamant
Pour les peignes de l’immense Vierge
En proie à des vertiges d’essence alcoolique ou florale
La douce cataracte gronde de parfums sur les travaux

mardi, 08 novembre 2005

la brise frise

la brise frise la mer qui se meurt
et les pics de rocs noirs couverts d’écailles
les algues longues et vertes s’affalent
sur des ribambelles de sable gris
brins en tas de grains mouillés qui s’étalent
la pluie luit sur la vase rase
ce pays d’eau de bas en haut
baigne de lames désarmées
mes larmes d’enfance si dense
le regret croit quand le souvenir gît
l’avenir fuit devant la nostalgie

mardi, 01 novembre 2005

Le couple qui lit

8 heures d’un matin gris
Derrière la vitre embuée d'un MacDo, un couple prend son petit-déjeuner sous la lumière néon.
Assis l’un en face de l’autre, chacun la tête penchée, l’homme est plongé dans un hebdo télé pas cher, la femme lit attentivement Le Parisien.
D’habitude, c’est l’inverse, la femme scrute les programmes télé et l’homme les pages PMU.
Il est resté quelques secondes dehors à les regarder.
Ils n’ont pas levé la tête.
Ils ne se parlent pas, ils lisent, chacun la main posée distraitement sur sa tasse de café.
Tiens, c’est drôle, une main gauche et une main droite.
Quelques centimètres seulement séparent ces deux mains sur la table.
Il suffirait d’un rien, un geste instinctif, une envie de se décrisper, pour qu’elles se touchent.
Alors, ils se regarderaient sans doute une seconde, peut-être même en s’excusant.
Puis ils reprendraient leur lecture attentive.

Première frustration

La première fille qu’il a embrassée sur la bouche, c’était en Bretagne. Ils avaient douze ans peut-être. Elle était brune, petite, vive, un visage de souris. Ils s’étaient donné ce baiser rapidement,  sans faire exprès et il n’avait envie que d’une chose : recommencer, explorer plus loin.
Un jour, la famille et les amis pique-niquent dans les dunes ; les enfants finissent par s’égayer. Elle l’avait regardé avec un drôle d’air et elle était partie en courant, riant comme une folle. Alors lui, plus lentement parce qu’un peu balourd, il se met à lui courir après, tout excité : voici enfin l’occasion d’approfondir!
Mais elle court, elle court, ses petits pieds volent sur le sable ; il la perd rapidement dans le labyrinthe des dunes. Il l’appelle, se dépêche, râle, s’essouffle, se tord les pieds. Il entend enfin son rire sonore qui semble se rapprocher. Ça y est, il va la rattraper !
Il grimpe la dernière dune derrière laquelle, il le sait, elle l’attend. Et là, il la découvre en contrebas, avec son cousin, grand corniaud de quinze ans au moins. Ils sont en train de s’embrasser, elle qui tend le cou vers le haut en fermant les yeux et l'autre qui se penche vers elle l'air vainqueur. Ce fut la première de ses grandes frustrations avec les filles. Il y en eut bien d’autres.

J'aimerais que tu m'aimes

j’aimerais que tu m’aimes
quand le soir dur et blême
peint tes yeux de mystère
et qu’en toi sans fin j’erre

l’ombre de la nuit mêle
au cœur de son sommeil
nos corps nus enfiévrés
plus rien n’est faux ni vrai

j’aimerai que tu aimes
cette nuit pure et blême
de nos fièvres mêlées
ou rien n’est beau ni laid

l’ombre de l’ombre rit
qui de la nuit surgit
l’aube nous chérira
l’amour nous survivra

quand le ciel blanchira
quand tu t’évanouiras
je voudrais que tu m’aimes
dans le nouveau jour blême

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