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samedi, 07 mai 2005

Le spleen du légionnaire

Le temps est aboli
Règne de l’espace inutile

Motif 325 bis : ne pas de conformer au règlement

Il est interdit de ne pas interdire
Dans ce monde ici clos
Là-bas dans le monde libre
Le ciel est bleu blanc pas rouge
Peut-être y fait-il presque beau
Et la douceur mon Dieu la douceur
Mot banni mot sacrilège
On ne fait pas la guerre avec douceur
Douceur des aboiements sur la route
Le long de la colonne qui chemine
Dans le petit matin
Pour aller où ?
Douleur de l’oubli de la douceur

Motif 4.113 : se coucher ailleurs qu’aux endroits prévus

L’herbe chantante et vive de ton corps
L’anse abritée du port de tes bras
L’envol de ta chevelure d’aigle
Interdiction de stationner
L’eau claire de tes yeux
Ta nudité en moi comme un clair de lune
Lac secret la fraîcheur de ton sourire
Interdiction de se baigner

Motif 6.19 : tenue civile exagérément fantaisiste à l’intérieur d’une enceinte militaire ou à bord

Tout nu au milieu de la place d’armes
Saluer le colonel
Et pendant l’appel des couleurs
Faire pipi sur le gazon
Ou bien se coiffer d’un chapeau mexicain
Sur le dos un poncho multicolore
Fumer un long havane
Tandis que la foule en délire
Danse les clochettes au pied
Et dit mille fois Hare krishna

Motif 2.31 : briser ou détériorer volontairement du matériel ou des locaux militaires

Prendre un crayon à papier
Et violemment le casser en deux
En se moquant des représailles
Sur une feuille de papier blanche
Écrire de façon bien ordonnée
Merde merde merde

Motif 4.143 : indiscrétion verbale ou par écrit

L’indiscrétion c’est l’amour
Les hommes fatigués partiront à nouveau se battre
Les villages nettoieront leurs monuments aux morts
Sur la place de l’église
Mais il n’y a personne pour graver les noms
Tout le monde est mort
L’indiscrétion c’est la vie
Il est tout à fait indiscret de vivre
Il faut seulement obéir
Mon amour l’indiscrétion c’est de dire mon amour
Voler au ras des nuages qui passent
Sur la grisaille verte de la caserne
Effacer des murs le bruit des chars
Tracer sur sa vie le portrait d’une femme
Elle a les yeux de faon dans la rosée
Une façon de ne rien dire
Quant elle vient au creux de ma douleur
Je meurs dans ses bras
Elle a la grandeur terrible de l’océan
Je me noie dans ses vagues
Elle a les gestes fous et symphoniques
Des colères d’épis en étincelle
Je m’enivre de ses passions

Motif 2.01 : manquement grave aux devoirs et responsabilités du militaire au combat

S’étendre face au ciel
Et lire des poèmes de Federico Garcia Lorca
Tracer dans l’herbe pour les avions qui passent
Des lettres gigantesques
Qui rythmeraient le mot
AMOUR

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