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lundi, 18 avril 2005

Mourir un peu, le temps de savoir

La vie est belle mais mourir ne me fait pas peur
J’en aurais même plutôt envie d'une certaine façon
Je meurs de ne pas savoir ce qu'il y a derrière tout cela
Au-delà de cette agitation de lumière et d'espoir
D'ombres errantes et de souffrances tues

Quand tout se taira
N'y aura-t-il que le noir?
Je ne peux le croire
Mais si ce néant était la réponse et que je le sache
Alors à quoi bon vivre ?
Si le noir nous attend au bout
Comme un tunnel muré
Pourquoi continuer à s'affairer?
A quoi bon rester ?

Mais si au contraire c'est ce que je crois
Ce rêve fou cet impensable
Rien ne sera jamais plus beau que d'y être
Alors autant y aller sans attendre non?
Oh là là ! Je n'ai aucune envie de mourir...
Mais j'aimerai tant savoir…

Le soleil vient de se perdre dans la mer de nuages
Sans me donner la réponse

Il me faudra donc mourir pour savoir
Mais je voudrais que ce ne soit pas définitif
Juste mourir un petit peu
Pas longtemps
Le temps de savoir
Je suppose qu'on le sait tout de suite
Cela doit être fulgurant
Une évidence absolue

Et puis revenir bien sûr
Parce que la vie est belle
La vie est la vie
Elle ne se remplace pas

Oui mais si c'est ce que je crois
Je regretterai de ne pas y être resté
Et surtout ayant goûté au paradis
J'aurai peur de ne pouvoir y revenir
Et je vivrai alors dans cette douloureuse attente
Cette effroyable incertitude

Si c'est le noir c'est plus simple
Je n'aurai pas envie d'y revenir
Plus jamais ce désir d’ailleurs basta
Et le jour où je mourrai
S'il me reste un peu de conscience
Je me dirai bon, c'est fini
J'ai bien vécu et voilà tout

Oui, je préfère ne pas savoir...
…Mais j'aimerai tant!

vendredi, 15 avril 2005

Elle tourbillonne

Elle tourbillonne sans connaître sa force
Moi je n’ai que des mots elle le tronc moi l’écorce
Incroyable elle entre sans permis dans mon cœur
Tandis que je gratte le sien coucou bonheur
Elle est la vie qui bouge avec elle tout est beauté
Elle est la compassion chez elle est tout est vrai
Elle souffre avec ceux qui souffrent
Elle sait pleurer comme un gouffre
Et moi je me terre de peur de sombrer
Je suis l’inassouvi le cœur buté
Et pourtant pourtant
Si j’avais le temps
Je lui dirais les mots ne sont pas que des mots
Ils sont aussi un bout d’âme brute un morceau
D’éternité
Oui j’ose
Je lui dirais
Que si mon bras est faible mon cœur lui est fort
Ca c’est vraiment nul disons autre chose
Il est une forteresse contre la mort
Que je bâtis autour d’elle mauvais maçon
Mes mots rempart un levier un pinceau
Ils sont mon pauvre tourbillon ma vérité
Calligraphie de mes sentiments agités
Ils sont ma respiration un petit grain de blé
Un poisson bouche ouverte vers l’immensité
Ils sont une réponse une pause un bras
Paysage qu’elle seule reconnaîtra
Elle saura que j’en suis l’auteur
Riant de toutes mes erreurs
Des feuilles de hêtre sur un tronc de platane
Elle me dira : « Tu dessines comme un âne ! »
Et elle m’embrassera attendrie
La tête sur mon épaule alanguie
Rêvant devant ce soleil couchant éternel
Que moi seul aura su créer pour elle

samedi, 09 avril 2005

Incongruités

Dehors.
Les deux enfants jouent au ballon
Dans un quartier d'affaires large et haut
L’homme pressé se fige il hésite
Et leur renvoie la balle d’un grand coup de pied
Un signe de main il part
Il sourit devant les tours qui bourdonnent
Un couple est là
Ils crient tous les deux
Comme s’ils s’adressaient à la rue
Ils se déchirent
Leurs quatre vérités aux quatre vents
Les passants passent la tête basse
Ils se réconcilient ils s'embrassent
Les passants jettent un oeil embarrassé
L’homme ne sourit plus.

A l’église
Il a oublié d'enlever son chapeau
Un voisin fait une mimique
Mais il a fermé les yeux
Il prie
Il sait qu'il vieillit
A chaque nouvel enterrement
On le place un peu plus près du cercueil.

Au bistrot.
Un couple attablé silencieux
Ils feuillettent chacun leur magazine d'une main
Et se tiennent l'autre sur la table
Des mains seules qui bougent nerveuses
Des mains enlacées immobiles mais sûres
A côté on négocie
La vendeuse croise les jambes
Le client entrevoit un triangle blanc
Il sourit elle aussi
Elle pense qu'elle a gagné
Il se dit qu'elle serait gênée si elle savait

Au bureau.
Sur la table l'écran-clavier
Téléphone papiers
Le temps pressé
Au mur des photos de bateaux
Le temps arrêté
Il écrit un poème au lieu d'un discours
Dehors les voitures font la queue
La pluie tombe sale et drue
Le téléphone sonne
Il n’a pas fini son vers
Plus tard dans la salle
Il récite son discours la tête baissée
Une touffe de cheveux en l'air
Tout le monde regarde la mèche rebelle
Personne n'écoute
Il a fini on oublie d'applaudir
Il lève la tête étonné
Et se dit qu'il a été mauvais
Alors qu'il était seulement mal coiffé.

A la maison
Il se sent vieux
Il voit son père encore plus vieux
Où la vieillesse s'arrête-t-elle? 
Toute petite il dit à sa fille : "Appelle l'ascenseur"
Et elle : "Ascenseur!"
Très étonnée qu'il ne vienne pas
Il fume
Elle essaye d’attraper la fumée de sa cigarette
Il lui dit qu’il ne faut pas
« Pourquoi ?
– Parce que si tu l’attrapais, tu pourrais t’envoler et je serai triste. »
Plus grande elle n’a jamais fumé
Lui il fume toujours
Et il ne s’est jamais envolé.

mercredi, 06 avril 2005

Mes rêves d'elle

En guirlandes éclatées
En soleils nettoyés
En pas de danse sur des cristaux argentés
Fragile autoroute de quatre heures du matin
Quand les brouillards dessinent l’horizon
Sont mes rêves mes rêves

En nostalgie confuse
En air de blues et d’alcools
Sur des nuits trop longues
En larmes fraîches quand vient la rosée
En reflets mouillés de belles vitrines
Gardant les avenues désertes
Sont mes rêves d’elle

En tristesse repeinte et reniée
En éventail japonais
En chemins sillonnés
En air d’orifice aux étoiles
En cocasseries jalouses
En impuissances vermeilles
Vagues cassées
Sont mes rêves mes rêves

En colliers picturaux
D’audace aux sommets prestigieux
En guitare désaccordée
En chiens nus pitoyables
Comme les rames du dernier métro
En rimes balbutiantes
Sont mes rêves d’elle

En véronique d’Espagne
Dentelle rougissante
En noir comme le noir de ses yeux
Où je me noie
En aiguilles du temps désaxées
Brodant d'interminables ouvrages
Sont mes rêves mes rêves

En noir comme ses cheveux
Noir mêlé du rose que je crée
En hallucinations souveraines
En boucliers de caprices
Brise libre par-dessus les toits
Voguants vers l’infini à petits pas
Sont mes rêves de toi

lundi, 04 avril 2005

Brune est celle à qui je pense

Brune est celle à qui je pense
En rêves fous sur des airs de violon
Folle qui me libère et chavirante
Tendre est celle à qui je pense

Ports brumeux du souvenir
Chagrins verts enfouis de l’espérance
Elle a les sourires couleur printemps
Qui chassent l’envie les regrets

Cercles d’imaginaire et sauvagerie
L’insoutenable impatience que renouvelle
Chaque moment trop beau passé près d’elle
Dans mes élans pour elle rien que folie

Paix dans mon cœur déchiré de lumière
Fulgurante passion et dévorante
Dans mon cœur qui se tétanise
Où tout est balayé où tout se recrée

Brune est celle à qui je pense
Dans mes rêves d’océans en tempête
Où tout bascule ou rien ne reste
Qu’une extase anicroche en semence

dimanche, 03 avril 2005

Mille mirabelles

A travers l’éclosion de mille mirabelles
Fontaines jaillies d’un ciel tourmenté
Rêveuses au cœur de phalanstère
Lignes solitaires au milieu des folies
Creusets de mystère où couvent des orages
Fraîcheurs d’arc-en-lune tes lèvres m’ont souri

vendredi, 01 avril 2005

Cauchemar marin sans fin

Nuages qui oscillent au bout d’un pendule
Pendant que le tic-tac gonfle le souffle et l’air
De fresques béantes noires De corpuscules
Qui s’enfoncent tout droit lentement dans la terre

Petite fille qui roule au bord d’un abîme
Pendant qu’en-bas vaincue l’écume se retire
Des rochers et des arbres en haut de leur cime
Qui se balance de ci de là comme un rire

Souffle rauque des marées qui bat les rochers
Pendant que l’air purifié nettoie les images
Désertées par les mouettes les algues les galets
L’écume sale d’un ciel bordé de nuages

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