« Mes rêves d'elle | Accueil | Elle tourbillonne »

samedi, 09 avril 2005

Incongruités

Dehors.
Les deux enfants jouent au ballon
Dans un quartier d'affaires large et haut
L’homme pressé se fige il hésite
Et leur renvoie la balle d’un grand coup de pied
Un signe de main il part
Il sourit devant les tours qui bourdonnent
Un couple est là
Ils crient tous les deux
Comme s’ils s’adressaient à la rue
Ils se déchirent
Leurs quatre vérités aux quatre vents
Les passants passent la tête basse
Ils se réconcilient ils s'embrassent
Les passants jettent un oeil embarrassé
L’homme ne sourit plus.

A l’église
Il a oublié d'enlever son chapeau
Un voisin fait une mimique
Mais il a fermé les yeux
Il prie
Il sait qu'il vieillit
A chaque nouvel enterrement
On le place un peu plus près du cercueil.

Au bistrot.
Un couple attablé silencieux
Ils feuillettent chacun leur magazine d'une main
Et se tiennent l'autre sur la table
Des mains seules qui bougent nerveuses
Des mains enlacées immobiles mais sûres
A côté on négocie
La vendeuse croise les jambes
Le client entrevoit un triangle blanc
Il sourit elle aussi
Elle pense qu'elle a gagné
Il se dit qu'elle serait gênée si elle savait

Au bureau.
Sur la table l'écran-clavier
Téléphone papiers
Le temps pressé
Au mur des photos de bateaux
Le temps arrêté
Il écrit un poème au lieu d'un discours
Dehors les voitures font la queue
La pluie tombe sale et drue
Le téléphone sonne
Il n’a pas fini son vers
Plus tard dans la salle
Il récite son discours la tête baissée
Une touffe de cheveux en l'air
Tout le monde regarde la mèche rebelle
Personne n'écoute
Il a fini on oublie d'applaudir
Il lève la tête étonné
Et se dit qu'il a été mauvais
Alors qu'il était seulement mal coiffé.

A la maison
Il se sent vieux
Il voit son père encore plus vieux
Où la vieillesse s'arrête-t-elle? 
Toute petite il dit à sa fille : "Appelle l'ascenseur"
Et elle : "Ascenseur!"
Très étonnée qu'il ne vienne pas
Il fume
Elle essaye d’attraper la fumée de sa cigarette
Il lui dit qu’il ne faut pas
« Pourquoi ?
– Parce que si tu l’attrapais, tu pourrais t’envoler et je serai triste. »
Plus grande elle n’a jamais fumé
Lui il fume toujours
Et il ne s’est jamais envolé.

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/198234/2217001

Voici les sites qui parlent de Incongruités:

Commentaires

Depuis quelques temps, je défends que les plus belles poèsies sont des poèsie d'idées et non pas des poèsies de pieds ou de rimes.
Je trouve un bel eccho dans votre poësie.
Cordialement

Poster un commentaire

Si vous avez un compte TypeKey ou TypePad, merci de vous identifier

Ecrivez-moi

Mon hébergeur