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mercredi, 30 mars 2005

Une larme scintille

Une larme scintille
Sur ta joue
Un peu de toi
S’échappe
Tes yeux fermés
Sur nous
Me happent
Tes yeux de faon
Cette façon
De ne rien dire
Ma main libère
L’eau fraîche
De ton rire
Je viens au creux
De ta douceur
Je meurs
Dans tes bras

mardi, 29 mars 2005

Je suis la blonde cavalière mongole

Je suis la blonde cavalière mongole
Et je vais gagner la grande course du Nadaam
La fête aux deux mille chevaux
Je m’envolerai sur mon petit étalon
Qui ne craint ni les loups gris
Ni le creux des vallées sombres
Ni le hurlement des cavaliers
Ni le sifflement des serpents

Au long des trente kilomètres de course
Personne ne pourra nous rattraper
Car je suis l’air et la vitesse
Je suis l’arc et la flèche
Je suis le vent de la steppe
Et je me fondrai dans son souffle

Restée au village ma mère prie les esprits
Pour qu’ils libèrent ma route et guident mes pas
Ne faites pas confiance à mon sourire timide
Depuis que j’ai deux ans
Père et grand-père m’entraînent tous les jours
Qu’il vente ou qu’il neige
Avec mes frères et mes sœurs
Garçons et filles mélangées qu’importe
Que le meilleur gagne
Il portera nos couleurs
Et ce fut moi l’enfant sauvage

Je connais tout du cheval et de la course
Que les autres s’approchent
Avec leurs espoirs vains leurs muscles inutiles
Leurs cravaches et leurs rictus
Ils ne peuvent rien contre nous deux
Toi ton dos fort court et droit
Moi mes reins souples et mes jambes d’acier

Cheval mon frère nous ne ferons qu’un
Notre corps à corps comme une musique
Battra le rythme millénaire de la terre.
Et quand j’aurai remporté le trophée « tumny ekh »
Moi l’imparable déesse pubère
La Mongolie entière clamera mon nom
Pour la nuit des temps
J’ai dit

vendredi, 25 mars 2005

Pushkar

Voici la jeune servante
En rouge et noir
Or des fils brodés
Perles blanchies par le corps sombre
Gris jauni des pierres et du sable boueux
Couleurs de vie sur la statue souriante
Jeux chromatiques violents de jeunesse et de joie
Teintes passées de l’effort et des contraintes

Le jour de la pleine lune de novembre
Les 500 temples de Pushkar sont bondés
Les hommes se baignent dans le lac sacré
Puis ils vont à la foire aux animaux
Des milliers de chevaux et de chameaux
La prière et le commerce
La foule communie dans la foule
Les rites se perpétuent
On bivouaquera sur place

Voici la jeune servante
En habits d’apparat
Elle a préparé les feux
Et s’en va en riant

mardi, 22 mars 2005

La photo de la vieille Hunzukut

Elle compte plus de rides sur sa peau cuivrée
Que d’années dans son corps voûté
Toujours elle baisse les yeux et fronce le nez
Sans sourire et sans le faire exprès

Le soleil distribue la lumière et l’ombre
Sur un visage auréolé de mystère
De fins cheveux gris et ambre
Amplifient la force de sa stature

Pour elle le temps qui passe et qu’il fait
N’a pas notre valeur hypertrophiée
Elle l’a définitivement apprivoisé
Derrière ses yeux plissés

jeudi, 17 mars 2005

J’aime la musique qui chante

J’aime la musique qui chante
Je n’aime pas les piaillements du saxo qui court après les notes
J’aime l’harmonie horizontale qui raconte une histoire
Pas cette fureur verticale qui plaque des accords impossibles
J’aime le silence évidemment
Au piano je n’aime pas les mains qui s’entrechoquent
J’aime la main gauche qui épaule la main droite
Qui lui permet de chanter
J’aime la note qui dure un peu plus longtemps que prévu
Comme suspendue
Dans cette attente où tout s’imagine
J’aime la musique qui permet de créer sa musique
Comme un tableau offert par l’artiste et qu’on pourrait continuer
Des couleurs à compléter
J’aime quand le souvenir reste et s’incruste
Quand la vibration est celle de l’âme
Une fréquence inconnue dans les livres
J’aime la sublime guitare
Quand on entend à la fois chaque note
Ciselée comme une oeuvre d’art
Et toute la mélodie qui se déroule comme une symphonie

 

 

 

 

lundi, 14 mars 2005

L’enfant au berceau de bois sculpté

Dors, l’enfant, dors
Dors, l’enfant d’or
Propre et sanglé dans la blancheur

Rentre ton petit pied sous la couverture
Ferme tes yeux de poupée.
Envole-toi dans tes rêves purs

Mais pourquoi veux-tu que je dorme ?
Tu vois bien que j’ai les yeux grand ouverts
Parle-moi plutôt d’un autre monde
Les gens s’aiment-ils chez toi ?
Les enfants y reçoivent-ils des câlins doux et chauds
Comme ceux de grand-mère ?
Est-ce qu’on leur raconte aussi des histoires étranges
Sur les esprits des vallées ?
Que dit-on le soir à la veillée ?

Dors, l’enfant, dors
Tu as le temps de grandir
Plus tard, tu te diras
J’étais si bien bébé
Dans mon berceau de bois sculpté
Dors, l’enfant d’or
L’autre monde peut attendre

mardi, 08 mars 2005

Le jour de mon enterrement

Le jour de mon enterrement
A l'église
Blanche et grise
Serrés comme des harengs
Je veux que les gens aient ôté leur manteau
Les femmes seront endimanchées
Les enfants tristes apeurés
Les hommes auront posé leur chapeau
Les gens j'ai pas envie qu'ils soient là en passant
Je veux qu'on pleure et puis qu'on m'oublie
Tous ceux qui savent m’envieront là où je suis
Il suffira de rester longtemps l’air absent

Le jour de mon enterrement
On serrera les rangs pour avoir chaud
Les yeux levés vers la croix
Là-haut
On se taira de longs moments
Privé de discours le curé
Contemplera la foule hochant la tête
Et se perdra dans ses pensées
Je veux du silence et puis la fête
De la musique et du silence
C’et la même chose
Je veux que les gens se regardent dans les yeux
Et se tiennent par la main
L’air heureux
Pour une fois

Le jour de mon enterrement
Je veux du soleil dans les vitraux or et verts
Il faudra que ce soit un matin clair d'hiver
Où le froid gèlera les pensées
Dehors aussi les fleurs seront gelées

Le jour de mon enterrement
Je veux de belles orgues riant
Qui chantent d’allégresse Alleluia
Sanctificat et puis l’Ave Maria
Résonnera sous les vieilles pierres
Auréolées de prière
Il faudra que tout le monde prie
La communion sera obligatoire
On fera la queue pour l’hostie propitiatoire
Après vous je vous en prie
Sinon il faudra doubler son obole
A la quête paroissiale qu’attend le curé
Grâce à moi personne ne sera excommunié

Le jour de mon enterrement
Dans la lumière blanche et grise
On ne saura même pas qui est mort
Les gens seront entrés dans l'église
Par hasard à cause du froid dehors
De la lumière et de la musique dedans
Ils me connaîtront à peine
Ils parleront d'une ombre d’antan
Ils en parleront à voix basse pour ne peiner
Ni le mort ni les vivants

Le jour de mon enterrement
Heureusement
Dans l’église muette qui compte ses rangs
Dans les travées remplies
Comme des bancs de chauve-souris
Dans les regards à peine voilés
De pélerins inconnus désoeuvrés
Il n’y aura personne que j’aime
Parce que de tous les gens que j'aime
J’aurai été le dernier à mourir
S'il vous plaît Mon Dieu je vous en supplie

lundi, 07 mars 2005

Inutile

Les cloches sonnent solennelles
Pendant que des enfants courent
Sur le parvis gris de la cathédrale
Elles voudraient bien les retenir
Mais ils fuient en riant

Tout en haut des marches
Il ne reste que leur ombre
Qui s’efface lentement
Avec le gong gras des cloches
Et le cristal de leur rire

mardi, 01 mars 2005

L’enfant hindou qui tête sa mère

C’est plus que la source du lait bienfaisant
C’est un abri c’est doux c’est animal c’est hors temps

Devant cet enfant agrippé
Et qui regarde autour de lui
Chacun se souvient avec envie
De sa position de fœtus niché

Personne ne lui prendra sa place
La plus désirée de tous les temps
Au sein du sein vibrant
Mère immense où l’on s’entasse

Merci pour les mots que tu murmures
Grâce à toi tout n’est que bruissement
Chaleur couleurs froufroutement
Dan les comptines que tu susurres

Grâce au regard de cet enfant
Le monde n’est pas encore ce qu’il est
Il est peut-être ce qu’il a été
Il y a longtemps

Quand Brahmâ, l’Être immense,
Le créa à partir de la coordination des contraires
Et que l’enfant naquit de l’eau originelle
« Au coeur du microcosme
La vibration devient respiration
Souffle vital né de la chaleur
Comme toutes les formes de vents. » (Veda’s hindous)

Ainsi tous les textes sacrés prennent leur sens
Dans l’eau de la naissance

Genèse 1.2 : «  L'Esprit de Dieu
Se mouvait au-dessus des eaux.
La parole de Dieu dit :
Qu'il y ait une étendue entre les eaux
Et qu'elle sépare les eaux d'entre les eaux! »

Et le Brihad-âranyaka dit :
« Au commencement tout n'était qu'eau
De cette eau naquit le réel
De ce réel qui était l'Être-immense
Sortit le Progéniteur 
Conduis-moi du non-être à l'être
Conduis-moi de l'obscurité à la lumière
Conduis-moi de la mort à l'immortalité. »

Le monde est un enfant

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