Avant, j'étais un homme d'ombre et d'onde, pleurant seul, ballot d'aube.
Et me voici lumière active, chassant l'inutile, fuyant les prémices de la mort.
Long fut le temps où je cherchais l'indicible au-delà de la poussière des jours.
Aujourd'hui, je cours, hâté par les battements du cœur, peuplant le présent d'un corail de pacotille, futile barrière anti-futur, anti-noir, anti-tout.
J'étais larve du soir, fantôme d'attirance et me voici prévisible espérance.
Faut-il rester comme hier, couleur neutre du feutre automnal ?
Ou maintenant vibrer bêtement sur des fréquences arc-en-ciel ?
Entre douleur et fureur, je suis à jamais inachevé comme le plus petit des hommes.
J'aime cette ressemblance à la communauté, j'appartiens à l'humanité par mon incomplétude structurelle.
Plus je suis imparfait, plus je m'ancre ; plus je crie mon impuissance, plus l'écho de la terre se parre d'infini.
Ma solitude est multiple, mon désespoir infime, mon avenir sans surprise.
Mes mains fabriquent ma tour d'ivoire tandis que sèche mon cœur.
Je vois une vie sereine avec des yeux de comptable, quand je vivais l'errance avec une âme de poète.
La marque du présent imprime mon sourire, ma peau est lisse comme un bébé, j'ai perdu mes crevasses en même temps que mes cheveux.
Je marche droit vers la mort avec une force joyeuse et contrôlée.
La route monte de plus en plus, le soleil me frotte le dos, il me dessine une ombre gigantesque.
Je reste coi, les oreilles bouchées de certitude.
Un jour, peut-être, se marieront mes deux destins, mon passé d'abondance et d'ébauches et mon présent de fer apparent.
Ce jour-là, gare ! je serai le roi de la terre.
Je n'aurai plus qu'à mourir et comparaître.
Alors je dirai à Dieu : Seigneur me voici !
Pêcheur à occurrences multiples - Vous seriez jaloux d'un saint - .
Mais j'ai cherché et suivi toutes les voies qui mènent à vous.
J'ai rêvé et j'ai agi, j'ai aimé et j'ai créé, j'ai pleuré et j'ai combattu, j'ai écouté et j'ai dirigé, j'ai donné et j'ai emporté.
Mes rêves me rapprochaient de vous mais dans une forme d'inutilité.
Mes actes me rendaient insouciant mais je perdais le sens du bien.
L'amour m'a comblé mais il m'a occupé dans un quotidien douteux.
Mes pleurs étaient des gouttes d'insuffisance, mes combats une vaine agitation.
Et quand j'ai voulu entraîner d'autres derrière moi, j'ai souvent quitté les routes pures de la théorie pour un chemin ou tout est broussailleux
Seigneur me voici.
Alors maintenant dites-moi : que fallait-il faire ?
Et Dieu, de sa voix caverneuse et douce, me donnerait enfin cette réponse que je ne connais pas et qu'il faut que j'attende encore,
Esclave combattant avec ses deux vies,
Homme fatal de la dichotomie,
Imparable amant du futur antérieur,
Funambule de l'inestimable impossible,
Gratteur de racines incomestibles,
Chercheur d'ailleurs successifs,
Sectomisé génétique du chromosome bonheur.
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