Accueil | février 2005 »

lundi, 31 janvier 2005

Pluie tropicale

Ah c'est pas un crachin breton ça non
- Si, de temps en temps il y en a un
Même ça, ils l'ont aussi -
Mais la plupart du temps
C'est de la grosse pluie méchante
La goutte épaisse et grasse
Sans chichis
Elle ne s'insinue pas elle frappe
Elle veut tout mouiller
Les petits et les gros
Le cou le genou les endroits les plus sensibles
Sur la peau et sur la terre   
Des doigts de pieds jusqu'aux cimes des takamakas
C'est pas un rideau cette pluie
C'est une grille une prison.

Quand elle vous tombe dessus comme ça
Sans prévenir
On n'est plus qu'une mare
Une dégoulinade
Rien ne sert de résister
C'est foutu
Et puis au moment où on va gueuler
Qu'on en a marre
De cette pluie grossière
Hop elle est partie
Aussi légère qu'une plume
La garce
Et nous on reste là
Le souffle court
Les bras ballants
Mouillés pour l'éternité

(Seychelles janvier 2005)

dimanche, 30 janvier 2005

Port Launay

Là-haut le morne retient les nuages
Sur un rocher à l'entrée de la baie
Une croix dit peut-être
Qu'ici des hommes ont péri

Le ciel est aussi chargé
Que le silence est léger
Une houle du nord pas méchante
Vient mourir sur la plage

L'anse est profonde et calme vivante
Sur le rivage
La barque de pêcheur blanche et jaune
Se balance
Immuablement

Une tortue sort sa tête de l'eau
Comme un périscope
Elle regarde si tout va bien
Puis elle disparaît
Un banc de poissons argentés
Poursuivi par un invisible requin
Joue à saute-mouton sur les vagues

Des chauves-souris grosses comme des corbeaux
Piaillent dans les grottes granitiques
D'autres traversent la baie
Battant l'air d'un air abattu
Avec leurs drôles d'ailes à l'envers
De temps en temps
D'un bruit sec
Une noix tombe d'un cocotier

Sur la plage
L'ombre pieuvre des takamakas
Protège le sable

Là-haut le morne retient les nuages

(Seychelles janvier 2005)

samedi, 29 janvier 2005

La Créole

A la façon dont elle vient vers toi
Forcément tu t'arrêtes
Elle a les yeux verts et la voix chantante
Elle marche comme si elle dansait
Aussi pure que provocante
Elle sourit de tout son corps
Et quand elle te regarde franchement
Tu ne peux pas mentir

Un enfant accourt
Elle l'enserre dans ses bras
Il s'y pelotonne les yeux fermés
Il ronronne de plaisir

Tout est couleur sur elle
Tout est douceur en elle
Elle est le chant des oiseaux
Le bruissement des palmes
Le miel de la papaye
Elle est la lenteur du temps
Elle est le balancement de la mer

Un dernier sourire
La tête penchée
Elle part en glissant
Et toi longtemps longtemps après
Que son ombre se soit évanouie
De cette terre chaude et humide
Tu gardes en toi ce souvenir
Le miracle d'une apparition

(Seychelles Janvier 2005)

vendredi, 28 janvier 2005

Anse d'argent

Rochers récifs l'océan
Rides du sable et de l'eau
Figées ici mouvantes là-bas 
Ici tous les verts là-bas tous les bleus
Au loin la goélette passe
Langoureusement
Les petits oiseaux blancs
Saluent la mer d'une aile de velours
Un si doux effleurement
J'aimerais être l'eau vivante
Ainsi caressé dans le souffle d'un instant

(Seychelles Janvier 2005 )

jeudi, 27 janvier 2005

Le Temps

Le temps qui passe
S’est envolé
Il a volé
Derrière la glace
Nos lourds regrets

Le temps qui pleure
Souffre et remplit
De nostalgie
Nos longues heures
D’analgésie

Le temps peureux
Veut effacer
Le fil tressé
Du temple heureux
De nos pensées

Le temps agite
Les troubles eaux
Où nos bateaux
Prennent la gîte
Un peu trop tôt

Le temps s’excuse
D’avoir si vite
Tué nos mythes
Et il s’amuse
De nos vieux rites

Le temps se fige
Le temps se givre
Le temps est ivre
Le temps corrige
Le temps veut vivre

Le temps se lève
De la révolte
La virevolte
Et toi belle Eve
Débranche les volts

Ô temps suspends-
Toi, non pends-toi
Flagelle-toi
Meurs sale temps
Et oublie-moi

mercredi, 26 janvier 2005

Jeune fille d'autre part (in extenso)

Jeune fille d’autre part au creux de mon âme
Gitane et paysanne en robe bariolée
Tu me fais vibrer d’être pauvre mélomane
Je goûte en harmonies violentes ta beauté
Et je dérive en toi comme un torrent sans larmes

Un épi d’arc-en-ciel a transpercé ma vie
En forme dérivée de plaisir inconnu
Envol de colombes d’un matin qui sourit
Au jour de renaissance où je t’ai reconnu
Mon cœur horloge disparate est reparti

Le temps mauvais qui passe est un fond de peinture
Impressionniste lignes de points sans arêtes
Comme ces photos jaunies de vieilles voitures
Où le sourire de jeunes filles nu-tête
Semble façonner l’harmonie de la nature

Tout doux mon silence d’un creux de nostalgie
Je rêvais un peu trop et ma voix te parlait
Des mots nouveaux d’autres mots verbes de vie
Que je donnais à prendre comme tu cueillais
En te penchant quelques fleurs de rose et d’ortie

Dans le ciel entrouvert une larme a gelé
Sur ton regard qui interroge tendre et noir
Tes yeux flambée d’un soir d’automne dénudés
Comme au jour débutant au j’ai levé ton voile
Mon ange recommencé mer où j’ai plongé

J'ai marché dans tes pas voie soufflée sur le sable
De tes mains tendues l'eau recueillie s'échappait
Je me suis emmitouflé dans tes cheveux d'algue
Tandis que paré de l'air du temps des marées
Le cri des mouettes sculptait un ciel à la plage

Quatre cailloux d’agate et quelques faux cristaux
Que tu ramassais nous faisaient un long tapis
Ephémère l’eau les recouvrait aussitôt
Mouillés et brillants comme après une lourde pluie
Le sourire grave tu m’en faisais cadeau

Rares balbutiements ces rimes au passé
C’était un hiver froid quelque part en Bretagne
Des pédalos rangés y attendaient l’été
Souffrant tristement dans un coin de paysage
Et Bach était Mozart ou Strauss et je t’aimais

La vie de tes yeux est un air de violon
Au rythme lent d’un concerto que tu aimais
Sa plainte donnait à l’aube son émotion
Recréant le matin silence entrecoupé
D’admirables pauses instants où nous rêvions

J’ai pour nom de baptême ta voix ton sourire
Tes mots m’emportent en créant le monde où tu ris
Je pourrai sans regrets voir le passé jaunir
Ou l’amour se noircir car je sais que la vie
Effacera mon âme hormis ton souvenir

jeudi, 20 janvier 2005

jeune fille d'autre part (suite)

Quatre cailloux d’agate et quelques faux cristaux
Que tu ramassais nous faisaient un long tapis
Ephémère l’eau les recouvrait aussitôt
Mouillés et brillants comme après une lourde pluie
Le sourire grave tu m’en faisais cadeau

mercredi, 19 janvier 2005

jeune fille d'autre part (suite)

J'ai marché dans tes pas voie soufflée sur le sable
De tes mains tendues l'eau recueillie s'échappait
Je me suis emmitouflé dans tes cheveux d'algue
Tandis que paré de l'air du temps des marées
Le cri des mouettes sculptait un ciel à la plage

mardi, 18 janvier 2005

jeune fille d'autre part (suite)

Dans le ciel entrouvert une larme a gelé
Sur ton regard qui interroge tendre et noir
Tes yeux flambée d’un soir d’automne dénudés
Comme au jour débutant au j’ai levé ton voile
Mon ange recommencé mer où j’ai plongé

lundi, 17 janvier 2005

jeune fille d'autre part (suite)

Tout doux mon silence d’un creux de nostalgie
Je rêvais un peu trop et ma voix te parlait
Des mots nouveaux d’autres mots verbes de vie
Que je donnais à prendre comme tu cueillais
En te penchant quelques fleurs de rose et d’ortie

Ecrivez-moi

Mon hébergeur